Dans le numéro « spécial patrons » d'Investir consacré au défi de l'IA (25 juillet 2026), Aiman Ezzat, directeur général de Capgemini, défend une thèse simple et commercialement chargée : la valeur de l'IA ne vient pas de la technologie mais de son intégration au cœur des opérations. L'IA agentique, « capable d'agir de manière autonome », marque selon lui une rupture majeure qui permettra une transformation structurelle du fonctionnement des entreprises — et place l'intégrateur au centre du jeu.
Les preuves avancées. Capgemini a engagé il y a trois ans un investissement de 2 milliards d'euros (portefeuille d'offres, écosystème de partenaires, formation des collaborateurs). Les effets revendiqués sont mesurés côté delivery : sur certains projets, plus de 30 % d'accélération du développement applicatif selon le type d'application, et près de 20 % de réduction des incidents et interruptions de service. Côté marché, les projets d'IA générative et agentique représentent plus de 11 % des prises de commandes au premier trimestre, contre 6 % un an auparavant. L'ambition affichée : 5,5 % à 7,5 % de croissance annuelle à taux de change constants à horizon 2028, avec amélioration de la rentabilité et du cash.
la question n'est pas de savoir qui développe les meilleurs modèles mais qui aide les entreprises à en tirer parti
Le diagnostic sur les clients. L'IA générative a ouvert la voie avec des gains de productivité individuels à impact limité ; l'agentique va plus loin en introduisant « une nouvelle forme de travail », avec des agents qui exécutent des tâches, s'insèrent dans les processus métier et contribuent à la prise de décision. Mais concrétiser la promesse est « tout sauf simple » : systèmes existants complexes, données insuffisamment matures, gouvernance, sécurité, coûts. Le passage à l'échelle exige de repenser systèmes, données, processus, organisation et modèles opérationnels — « nous sommes très loin du plug and play ».
Le programme. Créer une couche technologique agentique sur un socle modernisé, orchestrer la collaboration entre humains et agents, maîtriser les coûts de cette nouvelle force de travail. Sans gouvernance claire des rôles, de la sécurité et des responsabilités, « déployer des milliers d'agents à l'échelle de l'entreprise serait une impasse ». D'où le déplacement de la question : « la question n'est pas de savoir qui développe les meilleurs modèles mais qui aide les entreprises à en tirer parti ».
Le marché et l'emploi. La transformation agentique déborde les budgets IT traditionnels pour s'inviter dans les budgets opérationnels et les priorités stratégiques ; Capgemini estime l'opportunité à +400 Md$ par an à horizon 2030 pour les services numériques et le conseil. Sur l'emploi, Ezzat reste prudent : impact profond sur les métiers, tâches automatisées et métiers créés, mais « trop tôt pour dire » si le solde sera négatif. L'acquisition de WNS crée « un leader mondial des opérations intelligentes », annoncé comme pilier de croissance.