Arthur Mensch (DG Mistral AI) est auditionné sous serment par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les vulnérabilités numériques (présidée par Philippe Latombe, absent). En mai 2026, Mistral compte 1000 collaborateurs, est valorisée 12 Md€, vise 1 Md€ de revenus fin 2026, investit 1 Md€ en R&D, avec 30 % CA en France, 70 % hors France, 75 % en Europe. Clients : DINUM, Caisse des dépôts, France Travail, ministère des Armées, Stellantis, TotalEnergies, BNP Paribas, Luxembourg.

Thèse-pivot : « le cloud, c'est l'intelligence artificielle » — pas de distinction entre services numériques et IA. Métaphore-cadre : l'IA est une ressource naturelle« on transforme de l'électricité en intelligence, en génération de tokens ». Économie de base : 1 GW de datacenter = 50 Md$ d'investissement sur 5 ans, génère 20 Md$ de tokens/an ≈ 50 % de marge brute ; sur la chaîne électron→token, ~10 % de la valeur est dans l'électron, ~90 % ailleurs.

si on combine force IA + capacité électrique, on peut retrouver une part de marché soutenable. Il faut absolument le faire parce que sinon on va devenir un État vassal.

**Arthur Mensch** , youtube.com

Thèse macro alarmiste : si l'Europe importe 10 % de sa masse salariale en IA non-européenne, 1 trilliard € de déficit commercial supplémentaire ; 20 trilliards $ d'investissement infrastructure à faire pour servir 400 GW européens. « On n'a pas le temps » : fenêtre de 2 ans avant monopolisation des ressources énergétiques européennes par les hyperscalers US qui déploient 1 trilliard $/an.

Stratégie souveraineté : « ne pas penser souveraineté comme isolationnisme mais comme levier ». Quatre risques : sécurité économique (coupure d'accès), défense (drones russes IA → dissuasion conventionnelle), façonnage culturel (biais US/Chine injectés), déficit commercial × 5.

Doctrine défense (anti-Anthropic-Mythos implicite) : Mistral travaille avec ministère des Armées et alliés français, mais « on ne prétend pas avoir la légitimité démocratique pour expliquer aux armées françaises ce qu'elles peuvent faire ». Devoir de conseil sur la fiabilité, pas droit de veto sur l'usage final. Sur la cyber, Mensch dénonce le « marketing de la peur » d'un concurrent américain : les capacités offensives des modèles montent « de manière linéaire, prédictible, chez tout le monde en même temps ».

Campus IA (Saint-Arnoult, 35 Md€, MGX/Abu Dhabi + Nvidia, 100 hectares, 1,4-1,6 GW) : Mistral est actionnaire très minoritaire, fournisseur potentiel. ACV ADEME pour les modèles, anti-compensation carbone.

Réglementation : 27 régulations désynchronisées + RGPD + AI Act = « la réglementation favorise les gros », départ entrepreneurs vers US. « C'est une forme de colonialisme » (sur le récit US dévaluant la régulation EU internalisé par les Européens).

Commande publique = levier (50 % du PIB EU) : « les États-Unis et la Chine l'utilisent massivement depuis les années 1940 — il faut arrêter d'avoir peur de l'utiliser ».

Distillation = réduction de coûts en interne, PAS rattrapage technologique — il faut donc savoir entraîner les gros modèles, ce qui demande beaucoup de R&D.

Productivité Mistral interne : ×2 en 6 mois, « les ingénieurs Mistral n'écrivent plus de ligne de code », posture nouvelle de manager d'agents. Pas de bulle côté demande, mais goulot d'offre chips/électrons.

Conclusion-avertissement : « si on combine force IA + capacité électrique, on peut retrouver une part de marché soutenable. Il faut absolument le faire parce que sinon on va devenir un État vassal. »