Dans cet entretien tourné sur le stand Scaleway à VivaTech (média République), le journaliste Bertrand reçoit Damien Lucas (CEO de Scaleway) et Franck Le Moal (Global Technical Officer de LVMH) pour officialiser et expliquer leur partenariat cloud.
Damien Lucas définit Scaleway comme un cloud provider européen moderne, immune aux lois extraterritoriales et indépendant technologiquement : il protège les données contre toute exploitation par des autorités tierces sans décision de justice, et contre l'existence d'un « kill switch » — un risque que l'actualité du week-end rend « pas complètement de science-fiction ».
c'est fini la vie où on pouvait travailler avec une solution mondiale unique
Franck Le Moal rappelle l'envergure de LVMH (≈ 80 Md€ de CA, 75 maisons, 100+ pays) et pose la grille de lecture : l'émergence d'une « géopolitique de la tech » (États-Unis puissants, Chine de plus en plus fermée et régulant pour forcer la localisation, Europe en éveil) oblige les multinationales à régionaliser leur SI. Pour lui, « c'est fini la vie où on pouvait travailler avec une solution mondiale unique » : il faut piloter trois visions (américaine, européenne, chinoise) et répartir ses partenaires applicatifs sur ces plaques. LVMH se dit hybride et autonome plutôt que souverain (mot refusé car ambigu), tout en assumant la fierté française (référence à Bernard Arnault) et la responsabilité de contribuer à l'écosystème européen.
La cartographie cloud du groupe est explicitement multicloud : Google Cloud (data, depuis 2021, toutes les maisons), Alibaba Cloud + Huawei + Tencent en Chine (~25 maisons), SAP (finance, supply, manufacturing), Salesforce, et désormais Scaleway comme brique européenne. Sur Scaleway, LVMH placera des données sensibles, des workloads e-commerce européens et ses solutions de cybersécurité. Le choix tient à une vraie logique d'hyperscaler/public cloud, des services IaaS/PaaS performants, l'agilité et l'écoute (co-développement). PoC terminés, déploiement amorcé chez Sephora et Louis Vuitton ; empreinte significative attendue sous 12-18 mois.
Damien Lucas constate une bascule du marché vers l'Europe qui s'accélère, portée par la criticité des données, la peur du kill switch et l'économie — illustrée par le ruissellement (1 € chez Scaleway = 68 centimes en Europe vs < 20 centimes chez un hyperscaler US) et par des références publiques (Commission européenne, Health Data Hub). Scaleway revendique une mission focalisée IaaS/PaaS (pas de verticalisation), au cœur d'un écosystème de partenaires (applicatif souverain, chipsets et serveurs européens). Côté IA/GPU Nvidia, LVMH ne prévoit rien à court terme mais reste ouvert aux modèles open source pour conjuguer autonomie et performance économique dans un monde « totalement imprédictible ».