Dans cet article de sa newsletter « Strategize Your Career », Fran Soto, ingénieur logiciel chez Amazon, introduit le concept de « goût développeur » comme compétence fondamentale à l'ère du codage assisté par IA. Sa thèse centrale : le problème n'est plus le code cassé, mais le jugement cassé.
Soto définit le goût développeur comme « le jugement de savoir à quoi ressemble la bonne solution avant d'écrire une seule ligne de code — et la discipline de la poursuivre plutôt que la première sortie qui compile ». Cette définition articule deux dimensions complémentaires : la capacité de discernement (reconnaître la qualité) et la rigueur personnelle (refuser le chemin de moindre résistance).
le jugement de savoir à quoi ressemble la bonne solution avant d'écrire une seule ligne de code — et la discipline de la poursuivre plutôt que la première sortie qui compile
Le phénomène qu'il nomme « AI slop » — du code qui compile, passe les tests, semble correct en surface, mais qui « rend les six prochains mois de la vie de tout le monde plus difficiles » — représente selon lui le véritable danger de l'ère du codage augmenté. Ce n'est pas un problème d'outil mais de processus : l'IA est un outil qui peut être bien ou mal utilisé, et investir zéro effort dans la direction du travail IA conduit inévitablement à du mauvais travail.
Soto propose un renversement de perspective dans l'évaluation des ingénieurs. Plutôt que de regarder ce qu'un développeur a construit, il faut examiner ce qu'il a refusé. Le goût se révèle dans les décisions négatives : ce à quoi on a dit non, ce sur quoi on a résisté, ce qu'on a tué tôt dans le processus de développement. Pour identifier le goût chez un candidat ou un collègue, il recommande de poser des questions sur ce qu'ils feraient différemment, les compromis qu'ils ont refusés, et les solutions qu'ils ont abandonnées malgré leur faisabilité technique.
Sa conclusion est à la fois simple et dérangeante : quand n'importe qui peut générer du code, la capacité à savoir quel code mérite confiance devient la compétence différenciante. L'écart entre médiocre et excellent n'est pas la productivité brute ni la vitesse de codage, mais le goût. Pourtant, personne ne sait vraiment comment recruter pour cette qualité — un paradoxe que Soto identifie sans prétendre le résoudre.
L'article a eu un impact significatif dans la communauté développeur, « lançant la conversation sur le goût » et étant largement cité dans des discussions ultérieures sur la qualité du code à l'ère de l'IA, notamment dans des articles académiques sur l'« AI slop » comme tragédie des communs du développement logiciel.