Le troisième rapport annuel de Menlo Ventures sur l'état de l'IA générative en entreprise documente une croissance sans précédent : les dépenses IA des entreprises sont passées de 1,7 Md$ en 2023 à 37 Md$ en 2025 (11,5 Md$ en 2024, soit 3,2x en un an), capturant 6% du marché SaaS mondial. C'est la catégorie logicielle à la croissance la plus rapide de l'histoire.

La couche applicative domine avec 19 Md$ (51% des dépenses), devant l'infrastructure (33%) et les API de modèles (16%). Le marché gagne en maturité : au moins 10 produits dépassent le milliard de dollars d'ARR et 50 produits dépassent les 100 M$.

Les patterns d'adoption évoluent nettement. Les entreprises achètent désormais 76% de leurs cas d'usage IA plutôt que de les construire en interne (contre 53% en 2024). Le taux de conversion en production atteint 47%, contre 25% pour le SaaS traditionnel, signe d'un ROI perçu clair. Le product-led growth pèse 27% des dépenses applicatives IA (quatre fois le taux du logiciel classique), et le "Shadow AI" — employés payant des outils IA avec leur carte personnelle — représenterait près de 40% des dépenses applicatives.

Sur le plan concurrentiel, les startups IA-natives capturent 63% du marché applicatif contre 37% pour les incumbents. La domination est particulièrement marquée par département : 71% en Product & Engineering (Cursor face à GitHub Copilot), 78% en Sales (Clay, Actively face à Salesforce), 91% en Finance & Operations (Rillet, Campfire face à Intuit). Les incumbents conservent en revanche 56% de la couche infrastructure (Databricks, Snowflake, MongoDB).

L'IA départementale totalise 7,3 Md$ (4,1x en un an), dominée par le codage : 4 Md$, soit 55% du total, avec 50% des développeurs utilisant quotidiennement des outils de codage IA et des gains de vélocité mesurés de 15% et plus. Suivent l'IT (700 M$), le marketing (660 M$), le customer success (630 M$), le design (490 M$) et les RH (370 M$). L'IA verticale atteint 3,5 Md$ (2,9x), tirée par la santé (1,5 Md$, 43%, triplement depuis 2024), devant le juridique, les services financiers, l'éducation et le retail.

Le rapport tranche le débat boom vs bulle en faveur du boom : revenus réels en forte croissance, adoption large (500+ décideurs interrogés), gains de productivité mesurables et modèles économiques durables. Il souligne aussi la montée des outils model-agnostic (Cursor, OpenRouter) qui accélèrent l'adoption des modèles frontière, et la concurrence internationale, notamment des fournisseurs chinois.